Déclaration de Paris sur le climat, l’environnement et la santé respiratoire

Alors que les professionnels de l'environnement et de la santé publique sont sensibilisés à l’incidence du climat sur la santé, les décisions politiques majeures ne prennent encore que trop rarement en compte les considérations de santé. En accord avec La Déclaration ministérielle de Marrakech de 2016 sur la santé, l'environnement et le climat, nous, sociétés médicales et ONG, nous engageons fermement à promouvoir et défendre les intérêts des citoyens européens en matière de santé, lors de de chaque orientation, mesure ou décision politique sur le changement climatique, selon les 5 constats suivants:

La santé et l'environnement sont inextricablement liés au changement climatique

La déclaration de Marrakech reconnaît que, chaque année, près d'un quart du coût mondial des maladies et, environ 12,6 millions de décès, sont attribuables à des facteurs environnementaux modifiables. Elle explique comment les changements mondiaux, environnementaux et sociaux, incluant les changements climatiques, entraînent nombre de ces risques et ont un impact direct sur la santé humaine Elle confirme également que les changements tangibles et visibles dans notre environnement, tels que les vagues de chaleur, les feux de forêt ou les sécheresses, ont des conséquences directes sur la santé respiratoire.

Le changement climatique a des effets directs et indirects sur notre santé respiratoire

Des études mettent en évidence une possible corrélation entre l'augmentation de la température, l’augmentation des décès respiratoires et le nombre d’admissions à l'hôpital. En effet, durant les périodes de forte chaleur et d'humidité élevée, les symptômes peuvent se déclencher chez les personnes asthmatiques tandis que les patients atteints de Bronchopneumopathie chronique obstructive courent un risque accru d’aggravation et d'hospitalisation. Au-delà de ces effets directs, le changement climatique entraîne une augmentation des autres facteurs de risque de maladies respiratoires. Par exemple, des inondations plus fréquentes entraînent une augmentation du taux d’humidité et des moisissures dans les espaces intérieurs, causant de l’asthme, de la rhinite allergique et certaines infections respiratoires. En outre, l'amplification de la pollution de l'air, en termes de niveaux d'ozone plus élevés, réduit la fonction pulmonaire et est responsable de plusieurs effets néfastes sur le système respiratoire.

Un impact qui touche prioritairement les personnes les plus fragiles

Bien que le changement climatique touche tout le monde, certaines populations sont plus fragiles et souffrent de manière disproportionnée des effets néfastes sur la santé. Environ 30% de la population mondiale est menacée par des pics de chaleur mortels. Ces populations vulnérables vivent dans des zones soumises au climat (petits États en développement, régions côtières ou mégalopoles) et subissent de plein fouet les conséquences dues au changement climatique. Cet impact sur la santé est ressenti de manière encore plus aiguë par les populations défavorisées, les personnes âgées, les enfants et les personnes déjà atteintes de maladies respiratoires.

Le défi est de changer

Nous devons faire des choix politiques plus intelligents pour réduire la production de gaz à effet de serre et réduire la pollution de l'air (y compris les polluants atmosphériques à courte durée de vie et le pollen) comme recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Privilégier une énergie bas carbone et éliminer progressivement les combustibles fossiles est chose possible si la volonté politique existe. L’engagement de la France à fermer d’ici 2022 les quatre centrales à charbon encore en activité, le plan « Climat Air Energie » de la ville de Paris qui projette la fin des moteurs diesel en 2024 et de faire de Paris une ville neutre en carbone en 2050, sont des initiatives encourageantes.

Le défi est de changer maintenant

Il ne suffit pas de changer, nous devons changer maintenant. Des prises de décision tardives, pour limiter les gaz à effet de serre et les polluants atmosphériques à courte durée de vie, auront des conséquences irréversibles sur la santé de tous les citoyens. Bien que des initiatives existent en France, elles restent nettement insuffisantes. La France doit se donner les moyens pour respecter les limites de qualité de l'air fixées par l'OMS ou, tout du moins, par la Commission européenne. En mai 2018, elle a d’ailleurs été traduite devant la Cour européenne de justice pour n’avoir pas atteint les niveaux de dioxyde d'azote exigés (NO2) par la Commission. Le gouvernement français pourrait, par exemple, s’inspirer de l'Irlande qui, en adoptant le « Fossil Fuel Divestment Bill », interdit désormais tout investissement dans les énergies fossiles, ce qui conduira à la suppression du recours à ces énergies et stimulera les investissements dans les carburants verts et les nouvelles technologies favorables aux énergies renouvelables, conduisant ainsi à la réduction à large échelle des émissions dues au diesel. La France doit faire preuve d’un fort volontarisme politique en matière d’efficacité énergétique et de développement des énergies renouvelables, à l’exception bien sûr de l’énergie produite à partir de biomasse, qui a des effets néfastes sur la santé respiratoire. Ce n'est qu'en suivant une politique audacieuse au niveau national que la France sera en mesure de respecter ses engagements internationaux et d'améliorer les conditions environnementales de notre planète.

La Déclaration de Paris sur le climat, l’environnement et la santé respiratoire est une initiative portée par le Comité Environnement et Santé de l’European Respiratory Society (ERS) dans le cadre du Congrès International de l’ERS qui se tiendra à Paris du 15 au 19 septembre 2018 et de la campagne « Healthy lungs for life ». La Déclaration s’inspire de l’article «Ten principles for climate, environment and respiratory health » publié en 2017 par ce même Comité dans le journal scientifique de l’ERS : « European Respiratory Journal ». Elle a été préparée par les organisations suivantes : L’European Respiratory Society (ERS), la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF), l’European Lung Foundation (ELF), La Fondation du Souffle (FdS) et la Fédération Française des Associations et Amicales de malades Insuffisants ou handicapés respiratoires (FFAAIR).